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02/01/2018

Ecrire tue

lentement. Mais on s’en fout, on n’est pas pressé.
Faut dire que ça commence plutôt mal, on est mortel… surtout vers la fin.
Patatrac voilà que j’ai rencontré une femme extraordinaire, out of the ordinaire vous dis-je, alors ça me gêne aux entournures cette histoire de mortel parce que comment raconter? j’avais pris l’habitude, moi, et je m’étais laissé aller vers plus rien, en attendant.
Et voilà qu’elle débarque ! Faut tout rajuster les boulons, et les envies, faut tout agripper les moments de bonheur, faut pas laisser passer. A contre-courant je vis, je suffoque un peu même, j’ai comme la trouille de me noyer dans ce bonheur nouveau. J’étais pas si mal à dormir vous savez.
Je ne vais pas vous la décrire, vous seriez vert, jaloux je veux dire. Vert de jalousie. Elle a tout. Anna elle s’appelle.
On a adopté deux chiens pour fêter ça, Ranek et Rozalia, on vit tous les quatre ensemble, on nage.
L’autre jour on est allés au Buto, à deux.
« Le 
butō est une danse née au Japon dans les années 1960. Cette « danse du corps obscur » s'inscrit en rupture avec les arts vivants traditionnels du nô et du kabuki, qui semblent impuissants à exprimer des problématiques nouvelles. » C’est ça.
Dès que le rideau s’est levé j’ai eu les yeux tout écarquillés devant cette vision des danseurs en blanc, et leurs mouvement si lents. Un enfant devant l’arbre de Noël de la vie j’étais redevenu. Trop fort, trop le bonheur. J’ai fermé les yeux je suis tombé comme évanoui dans mon fauteuil.
De temps en temps Anna me secouait gentiment, pour voir où j’en étais. J’ouvrais alors les yeux tout grand tout rond la bouche ouverte je fixais un instant la scène, trop de bonheur je te dis, et puis on est mortel, et je retombais. Mais dans ces instants là je faisais partie totale de l’univers, j’étais l’univers.
Je suis sûr qu’elle a compris, elle comprend tout.


28/02/2015

L'étincelle

Ca va faire deux ans que j’ai cessé d’écrire. C’est que la petite étincelle aura disparu, celle qui jaillit quand se frottent joyeusement quelque chose au dedans et quelque chose au dehors de moi, à savoir d’un côté l’envie que j’ai à vous écrire et de l’autre les épisodes d’une vie qui veut bien se laisser raconter. C’est tout lié l’un à l’autre, et ça fait petite étincelle. Je me retrouve alors à écrire, facile, tout droit, tout plaisir. Mais à présent plus, et ce depuis deux ans. Je ne sais pas ce qui a commencé à faillir, mon dedans ou mon dehors, en tout cas plus rien, plus d’étincelle.
Préciser peut-être qu’il y a deux ans  je me suis retrouvé un soir échoué dans une de ces chambres bien anonyme d’un Etap Hôtel, celui de Bagnolet, avec vue plongeante sur la bretelle d’autoroute qui nous vient d’Allemagne, que j’étais équipé de deux bouteilles de Bourbon et deux bouteilles de Bison Futé, que je me les suis avalées en quelques heures. Tu regardes par la fenêtre tous ces conducteurs défiler solitaires dans leur lugubre voiture le long de cet interminable virage, et glou et glou et glou. Tu te dis que c’est ça l’humain, du vrai d’aujourd’hui, du pas grand-chose dis donc, du qu’est-ce qu’on est devenus entre eux et moi, et glou et glou et glou. Tous unis pour le pire et le presque pire, la vie dans ce virage, interminable, la vie pour pas grand-chose en définitive. Et glou et glou. Un 23 décembre, je crois me souvenir. Et glou. Ce qui m’a valu, en plus des pompiers et l’hôpital, l’occasion de passer un mois à l’Institution Psychiatrique de Ville-Evrard, où déjà Camille Claudel et Antonin Artaud avaient séjourné en leurs temps respectifs, ce qui vous situe le niveau psychiatriquement parlant de l’endroit, du serré, du sévère déjà.
Dire aussi que c’est à ce moment-là que K a décidé de rompre tout contact avec moi. « Une fois pour toute » a-t-elle bien précisé dans le dernier mail que j’ai reçu. En réponse je me suis simplement permis de lui signaler que toute prenait un s… mais peut-être c’était comme pour dire « une fois pour toute la vie qui reste à courir » ou bien même « une fois pour tout ce que tu m’as fait ». Mais je lui ai fait quoi, au juste ?
Et cependant une fois encore je l'ai revue, dans le métro.
Quand la rame est arrivée à quai j’ai su soudainement qu’elle serait là. La petite étincelle, et là forte, tellement forte à battre dans mon sang. La porte s’est ouverte, et derrière cette grosse dame je l’ai ressentie, tellement fort. La dame s’est écartée, eh oui effectivement elle était bien là, dans un manteau rouge que je ne lui connaissais pas. Étonnée de me découvrir ici, sagement assis, m’a souri, tout naturellement. Elle a monté lentement la marche de la rame, et c’est alors que j’ai compris. Elle avançait comme un bateau qui va sur son erre, cependant que dedans ça devait crier « Machine arrière toute ! », et je l’ai vue manœuvrer, ça a pris une petite éternité, elle a réussi à détourner cette trajectoire qui l’amenait vers moi, difficilement, avec effort, concentration, elle est enfin parvenue à se retourner et redescendre de la rame. La porte s’est refermée. Une éternité. C’est ce que j’ai vu.
Que dire de plus ? Il y a deux ans que je n’arrive plus à écrire. Et ça fait du bien de vous le dire aujourd’hui.

16/06/2014

Parole de mots

Faut dire que je suis resté pas mal de temps à rien foutre, juste regarder au dessus de mon nez, voir comment ça bougerait, par là... quelques années !
Et c'est alors que l'écrit vint. Comme je vous l'écris. Vint.
Les mots m'habitent, ma chère, voulez-vous bien l'admettre, et où puis-je vous les mettre ?

Je vous explique, c'est disposition mentale ! Les mots, avec moi, ils se laissent faire, pas farouches pour deux ronds. A leurs yeux je ne suis pas dangereux, je ne suis qu'un presque vieux qui veut encore s'amuser un petit peu, aussi ils m'accordent de bon coeur leur compagnie. Après le départ de K. au travail je m'installe dans mon fauteuil en osier devant la fenêtre, je porte le regard au loin, tout loin, comme si je n'étais presque plus nulle part en vérité, et alors les mots envahissent ce presque nulle part où je me trouve, ils se baladent, ils me passent devant, ils flottent, ou bien même au dedans ils me parlent, ils me susurrent leur drôle de sonorité à l'oreille. Gare maritime. Embouchure. Volubilis. Vaquer par exemple, oui vaquer.

Au bout d'un moment, ça peut durer, hein, des heures, ils me proposent d'allumer l'ordi pour que je vous raconte. Et soudainement voilà qu'ils sont fin prêts, tous bien ordonnés les uns derrière les autres. C'est rare que ça se chamaille, oh bien sûr il y a quand même toujours les de, les par, et puis les en, tous ces petits trucs de rien qui zigzaguent, tentent de se doubler l'un l'autre, ceux-là oui c'est exact ils sont un peu embêtants, pas chez vous ? mais les autres, impeccables ! Sages comme des huîtres, dirait ma voisine.

Voilà, on s'amuse comme ça toute la journée, les mots et moi
Aujourd'hui c'est encore eux qui sont venus me chercher pour faire ce post. Une délégation s'est d'abord avancée, annoncée, en habit de ville et moustache de sergent
"Septimus, le post qu'on a fabriqué ensemble hier nous dérange aujourd'hui. Nos collègues - méchanceté, pisse-froid, fiellosité, manigances, salir, ordurières, malotru - font partie intégrante de notre belle famille, cependant il ne faudrait pas qu'ils restent trop longtemps à narguer l'oeil de tes lecteurs, il faut savoir que certains mots de par chez nous peuvent devenir toxiques assez rapidement."

Les mots tu vois, ils nous veulent que du bien !
"Ok les gars, qu'est-ce qu'on pourrait raconter alors ?"
"Si tu permets, aujourd'hui on aimerait te proposer une citation concurrente, qu'on a dénichée sur ton netvibes, là où tu planques les mots qui s'entendent avec d'autres blogueurs. Elle est d'Eric Chevillard, citation n°846 du mercredi 24 mars, elle nous a bien plu celle-là, ça parle de nous, un peu comme ici, mais là-bas carrément on prend forme. Regarde !"

"À Murano, le souffle de l’homme forme de petits objets en verre, des biches, des dauphins. Mais, plutôt que dans son atelier, c’est chez lui qu’il faudrait pouvoir l’observer, dans son foyer, quand il râle, quand il se plaint, quand il jure."

Ils étaient drôlement joyeux mes mots, vous les auriez vu, à s'imaginer en pâte de verre à Murano ! Faut pas rêver je leur ai dit, on n'a pas les moyens, on reste à Créteil !