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29/05/2014

Morne océan

Marin noyé, broyé dans ses flots de défaites, marin en perdition, sans plus aucun repère où accrocher l'espoir, marin roulé à l'écume des jours noirs. Tant de jours, des années de naufrage en solitaire. À présent marin échoué aux rivages de sa conscience, misérable, vacillante sa conscience! Laminée.
Naufragé rompu, face à terre et les bras en croix, échoué dans ce petit matin blême, la tête enfouie contre le sable, l'oreiller, naufragé gisant sur son lit. Ouvre un œil, puis l'autre. Circonspect... Encore un jour de naufrage, un jour sinistré, un jour à vivre noyé. Se lève prudemment, se lève noué, comment se fait-il que les douleurs de l'âme vous rompent autant les os? S'approche lentement de la baie vitrée, parcourt d'un œil torve le morne océan de ce jour, pareil à tous les jours.

Allez... faire le café ! Premier des petits rituels, ces pantomimes quotidiennes, désolées, nécessaires, qui vous ramèneront inéluctablement au soir. Se lever au matin pour atteindre le soir, rejoindre à nouveau la page blanche de la nuit, où les heures ne pèseront plus.
Table, chaise, mur.
Mur.

 

Carillon de la porte d'entrée! Tiens donc, qui vient troubler ce néant parfaitement organisé, ce néant nécessaire et suffisant, dans cette vie réduite à une donnée mathématique de base? Soit une vie... et rien de plus. Soit une vie... Pour toute vie, quelle que soit la vie, il existe une vie et une seule. Bon, et alors? Qui ose troubler l'ordre parfait des non-choses? Quel importun?
Enfile son jean, tire sur le tee-shirt, passe sa main dans les cheveux et puis frotte vaguement son visage avant d'ouvrir, pour faire comme si, quand même...
C'est une femme. On s'en doutait, autrement on ne ferait pas écrivain. Vu l'ambiance, et là où il en est, le mieux c'est encore une femme. Si ça avait été un mec, ç'aurait sûrement été pour un calendrier de fin d'année ! Même aujourd'hui...
Est-ce qu'elle est belle ? Va savoir! En tout cas elle n'y croit pas vraiment elle-même, et ça se sent. Ca paraît forcé, on comprend qu'elle est apprêtée en femme, là devant nous, en mi-femme plus exactement, dans le seul but de paraître conforme : elle a les cheveux mi-longs tout comme il faut, elle a un sourire mi-sensuel comme on voit dans les pubs, elle a une jupe rouge mi-jambe et des bottes mi-mollet. Elle est mi-gnonne quoi ! Peut-être qu'en dessous, si elle enlève tous ses mi, elle sera belle, elle sera vraie. Elle est à mi-vie.
Et elle doute, je vous dirais...
"Bonjour monsieur, excusez-moi, vous n'auriez pas vu passer un bateau ?"

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