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28/02/2015

L'étincelle

Ca va faire deux ans que j’ai cessé d’écrire. C’est que la petite étincelle aura disparu, celle qui jaillit quand se frottent joyeusement quelque chose au dedans et quelque chose au dehors de moi, à savoir d’un côté l’envie que j’ai à vous écrire et de l’autre les épisodes d’une vie qui veut bien se laisser raconter. C’est tout lié l’un à l’autre, et ça fait petite étincelle. Je me retrouve alors à écrire, facile, tout droit, tout plaisir. Mais à présent plus, et ce depuis deux ans. Je ne sais pas ce qui a commencé à faillir, mon dedans ou mon dehors, en tout cas plus rien, plus d’étincelle.
Préciser peut-être qu’il y a deux ans  je me suis retrouvé un soir échoué dans une de ces chambres bien anonyme d’un Etap Hôtel, celui de Bagnolet, avec vue plongeante sur la bretelle d’autoroute qui nous vient d’Allemagne, que j’étais équipé de deux bouteilles de Bourbon et deux bouteilles de Bison Futé, que je me les suis avalées en quelques heures. Tu regardes par la fenêtre tous ces conducteurs défiler solitaires dans leur lugubre voiture le long de cet interminable virage, et glou et glou et glou. Tu te dis que c’est ça l’humain, du vrai d’aujourd’hui, du pas grand-chose dis donc, du qu’est-ce qu’on est devenus entre eux et moi, et glou et glou et glou. Tous unis pour le pire et le presque pire, la vie dans ce virage, interminable, la vie pour pas grand-chose en définitive. Et glou et glou. Un 23 décembre, je crois me souvenir. Et glou. Ce qui m’a valu, en plus des pompiers et l’hôpital, l’occasion de passer un mois à l’Institution Psychiatrique de Ville-Evrard, où déjà Camille Claudel et Antonin Artaud avaient séjourné en leurs temps respectifs, ce qui vous situe le niveau psychiatriquement parlant de l’endroit, du serré, du sévère déjà.
Dire aussi que c’est à ce moment-là que K a décidé de rompre tout contact avec moi. « Une fois pour toute » a-t-elle bien précisé dans le dernier mail que j’ai reçu. En réponse je me suis simplement permis de lui signaler que toute prenait un s… mais peut-être c’était comme pour dire « une fois pour toute la vie qui reste à courir » ou bien même « une fois pour tout ce que tu m’as fait ». Mais je lui ai fait quoi, au juste ?
Et cependant une fois encore je l'ai revue, dans le métro.
Quand la rame est arrivée à quai j’ai su soudainement qu’elle serait là. La petite étincelle, et là forte, tellement forte à battre dans mon sang. La porte s’est ouverte, et derrière cette grosse dame je l’ai ressentie, tellement fort. La dame s’est écartée, eh oui effectivement elle était bien là, dans un manteau rouge que je ne lui connaissais pas. Étonnée de me découvrir ici, sagement assis, m’a souri, tout naturellement. Elle a monté lentement la marche de la rame, et c’est alors que j’ai compris. Elle avançait comme un bateau qui va sur son erre, cependant que dedans ça devait crier « Machine arrière toute ! », et je l’ai vue manœuvrer, ça a pris une petite éternité, elle a réussi à détourner cette trajectoire qui l’amenait vers moi, difficilement, avec effort, concentration, elle est enfin parvenue à se retourner et redescendre de la rame. La porte s’est refermée. Une éternité. C’est ce que j’ai vu.
Que dire de plus ? Il y a deux ans que je n’arrive plus à écrire. Et ça fait du bien de vous le dire aujourd’hui.

Commentaires

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Si jamais quelqu'un passait, et voulait me dire un coucou

Écrit par : Thierry Semo | 08/05/2015

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