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06/06/2014

La paix des huîtres

Moi j'ai connu la guerre ! La 2007-2010! La guerre de Septimus contre Septimus, qu'on a encore appelée la Guerre des Nerfs... Je viens de décider unilatéralement d'y mettre un terme. Il me faut tourner la page, cesser mon feu. Je sais que je n'arriverai plus à rien contre moi-même, seulement me faire souffrir encore. Et faire souffrir encore au dehors, évidemment !

Je me suis signé un armistice, au Revenez-y, à 16h30. Le Revenez-y est le bar qui fait l'angle de la rue Muller et de la rue de Clignancourt, ce jour là un écailler y avait installé son étal et proposait la douzaine de bonnes grosses huîtres pour 15€. C'est ça qui m'a décidé. J'aime beaucoup les huîtres, j'ai passé commande. Prenant place à ma table dans le fond de la salle je me suis soudain interrogé :
Et si je me faisais la paix ?"
Quand l'assiette de l'écailler s'est retrouvée devant moi avec le verre de Chablis gracieusement offert, la vision surprenante que j'ai eu de ces mollusques reposant au fond de leur eau, mollusques tranquilles, paisibles, au final mollusques confiants, voilà, confiants - tout l'opposé de ce que je ressens généralement dans mon être tourmenté - cette vision m'est apparue comme la confirmation magistrale, le signe que Les Temps étaient advenus. C'est possible me suis-je dit, vois ici la beauté offerte, ces verts pâles et ces nacres, vois le laiteux des chairs comme un chant pastoral, vois, comprends, et rejoins la paix des huîtres !
J'ai beurré le pain, j'ai piqué le citron en invoquant le Grand Nom,
et je me suis fait la paix !
Je me la suis gobée plus exactement. Calmement, consciencieusement, avec de la sauce à l'échalote aussi un peu, mais je préfère quand même le citron.
J'ai d'abord gobé mes rancœurs. Bien grasses mes rancœurs, à vous étouffer ! Telle parole blessante, tel rire un peu hautain, même ce petit sourire condescendant lorsqu'il s'agrippe à votre conscience et vous triture le cœur, des heures et des heures ! Que cela qui s'est dit, s'est dévoilé et m'a blessé, que cela rejoigne à jamais le grand océan aux algues lentes, aux remous d'indifférence.
Pain, beurre, citron.
J'ai gobé mes lâchetés. On se retrouve parfois pris dans des courants contraires, et voilà que le sable tourbillonne, aveugle. Le petit poisson se met alors à frayer avec les poissons-loups pour conjurer sa peur, ou bien se cache, tremblant, derrière un rocher. Lâcher prise, lâcher toutes mes méprises, oublier même mes lâchetés.
Pain, beurre, citron.
J'ai gobé ma colère. Gobée je l'ai, ma colère ! Paix des huîtres, paix sous mèr aux enfants du silence.
Pain, beurre, citron.
J'ai tout gobé vous dis-je, de cela qui m'a fait mal, et du mal que j'ai fait.
J'ai même gobé la raison, la saleté de raison. Il faut raison jeter par dessus les blés, s'astreindre à vivre en toute déraison. Pain, beurre, citron.
J'ai encore gobé quelques illusions, qui me collaient.
Et enfin je me suis senti en paix.
La dernière huître, petite huître dans l'assiette, comme une offrande, m'offrait sa rédemption, j'ai hésité, j'avais déjà tout gobé, tiens celle-là c'est pour Charles-Edouard j'ai pensé en souriant. Toute fine, bien maigre. Un petit goût, quand même...

Quand K est rentrée au soir à l'appartement j'étais enfermé dans les toilettes, tremblant, le front trempé de sueur. Je me vidais, excusez-moi. En geignant.
Elle a toqué contre la porte, inquiète
Ca va pas, Septimus ?
Je m'ai fait la paix, j'ai réussi à marmonner.
Tu t'es fait lapider, Septimus ? qu'elle s'est exclamée! Dans la rue ?"
Non, la paix, la paz, je me suis signé la paix ... En dégustant des huîtres au Revenez-y, cet aprem !"
Ah d'accord, et elles étaient pas fraîches c'est ça ? Oh la la, Septimus, pauvre chou !"
Non, elles étaient très bonnes, juste la dernière, mais j'ai pas fait gaffe, la petite dernière tu comprends ! La Charles-Edouard !"

La Charles-Edouard, comme Charles-Edouard, celui du blog ?"
Ouais, celui-là."
Ah zut ! Et la paix alors, Septimus ?"
Ben c'est pas gagné...

05/06/2014

Père Lachaise

Comme on sortait du Père-Lachaise, il a commencé à faire soleil. Ça nous donnait un petit air en goguette, mon frère et moi. On n'était plus que nous deux ce jour-là, pourtant la veille, aux Invalides, on en avait eu du monde ! Il faut dire que ça avait été une sacrément belle cérémonie, avec honneurs militaires, je veux, et discours du Gouverneur. Au beau milieu de la grande cour carrée le cercueil avait été fièrement posé sur ses tréteaux, recouvert du drap tricolore, avec au centre un petit couffin où étaient exposées les médailles qu'elle avait glanées, eu honneur à son passé héroïque, dans une vie tourmentée.

Du lourd. A la fin, après qu'ait retentie la sonnerie aux morts, huit soldats avaient soulevé le truc et s'étaient mis à traverser au "pas ralenti" la cour des Invalides, et nous d'emboîter le pas.
Là, ça avait été un peu dur quand même, elle est gigantesque cette cour, et leur pas c'était vraiment du ralenti... En première ligne on tentait de s'accommoder à cette démarche lente, mais je me demandais comment ça suivait derrière, peut-être ça se marchait sur les pieds en marmonnant. Je n'ai pas osé tourner la tête pour voir. Je tenais Andrea par l'épaule, je la sentais toute tendue dans l'effort de tenir dignement sa place, et aussi goûter avec effroi la gravité de cette mise en scène. C'était donc ça la vie, quand ça s'arrête, pour les autres, pour une grand-mère. Le grand mystère, devant, noir comme la nuit. Et les tambours ! Je m'étais alors penché vers son oreille, et j'avais murmuré
goose-oie" son cours d'anglais de la veille, les animaux de la ferme ! Elle m'avait jeté un regard furieux, mais quand même ça l'avait relâchée, et les larmes s'étaient mises à couler, tout simplement. J'avais pu alors la serrer plus tendrement contre moi, et du coup tout bêtement moi aussi je m'étais retrouvé à pleurer.

Donc le lendemain on n'était plus que mon frère et moi et un rayon de soleil, à la sortie du Père-Lachaise. On regardait un peu ému les volutes de fumée qui sortaient par intermittence de la haute cheminée du crématorium. Ce n'était pas notre mère bien sûr, c'était quelqu'un d'autre, elle on l'avait vu s'avancer, enfin le cercueil, sur un tapis roulant, comme un train fantôme, tout pareil, un train fantôme cheminant sur un tapis roulant vers un portillon fermé... au dernier moment hop les portes s'étaient ouvertes, on a juste eu le temps d'apercevoir les flammes de l'enfer pendant que le cercueil basculait par là-bas, et le portillon aussitôt s'était refermé.
Comme un train fantôme... sauf qu'il n'y a pas de tour gratuit !
Ben justement, notre mère elle avait eu droit à un tour gratuit. Plutôt rare comme cadeau, il paraît.
C'est à ça qu'on était en train de penser, avec mon frère.
On a été bête à rester regarder ce cercueil s'engouffrer dans les flammes, comme si on voulait vérifier qu'ils n'allaient pas nous l'escamoter, au dernier moment. C'est parfaitement con... On aurait du se mettre au dehors, et la regarder monter en fumée par la cheminée!"
Remarque le bois aussi du cercueil il brûle, on n'aurait pas su ce qui était vraiment d'elle"
Avec mon frère on joue au plus malin, c'est souvent comme ça les frères. Là c'était moi qui avais fait cette remarque brillante.
Elle est partie en fumée comme prévu, mais soixante ans après ! La boucle est bouclée tu comprends. C'était son dernier geste, un geste qu'elle a décidé seule. Elle les aura nargué jusqu'au bout."

On se donnait des bourrades en rigolant, on voulait absolument se la jouer désinvolte.
N'empêche... on savait plus trop, ça faisait un drôle d'écho dans nos têtes. Faut dire aussi que sur la fin, cette dernière année passé à l'Institution des Invalides, elle s'était mise à tout mélanger. Et parfois elle se retrouvait à Auschwitz. Elle pouvait rester comme ça des heures dans son lit, muette, mutique, avec ce regard, ce regard tout pareil à celui qu'on voit sur les photos, dans les camps. Et puis les gens lui faisaient peur.
Vous savez les gens, ça fait peur !
Comprenez, elle avait déjà su qu'elle allait mourir, il y a bien longtemps, et voilà que ça lui revenait, voilà qu'elle allait mourir à nouveau. Alors oui, ça se confondait bien sûr. Nous on essayait de lui faire des bisous, on lui tenait la main gentiment, mais quand même... on se sent salement kapo quand c'est l'autre qui va mourir, et pas nous !
Pas vous ?

En sortant du Père-Lachaise avec mon frère, par ce bel après-midi de mars, on a donc commencé à arrêter de faire les fanfarons, et on s'est mis à parler un peu de tout ça, vite vite des mots des images, tout ce qui vous passe par la tête.
Faut dire mon frère et moi on est drôlement calés en Auschwitz, vu qu'elle était intarissable notre mère, sur le sujet ! Quand on vivait encore tous ensemble, certains matins, vers les 11 heures, elle s'installait dans le vaste canapé blanc du salon et commençait à se maquiller. Elle se mettait alors à raconter, tout doucement. Nous, même se déplacer dans la pièce on n'osait plus, on restait là, immobile, où elle avait commencé sa phrase. Ça pouvait durer des heures.
Parfois on avait des questions, mais il valait mieux pas, nos questions elles étaient de dehors, elles étaient de notre monde à nous, c'étaient des questions de logiques, sensées, nulles en vérité. Il valait mieux lui laisser raconter l'incompréhensible, ces souvenirs qui lui tournaient sans cesse dans la tête, pendant qu'elle se maquillait, un peu trop peut-être, pour parvenir à faire face à ce monde logique, ce monde sensé dans lequel elle se retrouvait quand même à vivre.
Elle nous parlait alors de l'être humain, quand il tente de survivre dans des conditions de non-vie, des non-conditions de vie. De l'humain quand il se rend compte qu'il est encore un tout petit peu en vie, mais pratiquement plus humain, qu'elle nous causait. Et de l'odeur des cheminées, parfois.
Je ne vais pas vous raconter aujourd'hui, ça risque d'être un peu long...

On en était à descendre ma rue, lorsqu'on croise Mathieu. Mathieu c'est mon futur meilleur ami, il n'est pas encore au courant apparemment. Il fait comédien, c'est risqué déjà ! Notez qu'orphelin alcoolique c'est pas mal non plus!  Donc on s'arrête, on se sourit, dans un geste un peu théâtral je désigne Jean, " Mon frère ! " que je dis, puis je replie ma main vers le joli petit pot en céramique que je trimballais dans l'autre bras, " Ma mère ! " que je fais.
T'aurais vu sa tête ! On s'est marrés !

04/06/2014

Ma mère dans les dunes

C'est drôlement bath pour des garçons d'être né dans les années 50, parce qu'en même temps que les pistolets en plastique, on découvre avec fierté que papa a fait la guerre. La guerre, tu te rends compte, on a un papa dans l'Histoire ! Et une vraie de guerre, presque aussi vraie que la grande, la 14-18, qui fut celle des grands-parents, ceux qui toussaient, et il en reste si peu en vérité. Nos papas à nous c'est la seconde guerre mondiale qu'ils ont gagnée, pan!pan! et encore contre les Allemands, les boches on disait !
Alors papa, comment c'était, ta guerre ?
Eh bien il a raconté, oui oui Dunkerque, toute l'armée enfermée dans un mouchoir de poche, son camion avec la roulante, et puis embarqué sur un navire vers l'Angleterre, le bateau torpillé, à moitié submergé, lui qui ne voulait pas se jeter à l'eau, il dira que ça l'a sauvé.

Pas fier fier en vérité, pas exactement le papa-héros qu'on espère en brandissant son pistolet en plastique !
Mais voilà qu'il dit que cette guerre-là, c'était plutôt maman. Avec un petit air en coin il nous dit ça, un air que ça va pas vraiment être le Pont de la Rivière Kwai, les enfants !
Maman ? Mais les mamans ça ne fait pas la guerre, les mamans ça a des soutien-gorges, ça ne peut pas courir dans les dunes ! Ou alors peut-être une maman espion, des plans cachés dans le soutien-gorge justement, les plans du débarquement ! Une maman avec un chapeau, comme Humphrey Bogart !
Un peu, qu'elle dit d'abord en souriant. Il fallait s'organiser, il fallait résister, les journaux clandestins, les faux-papiers. Aider les gens à fuir vers la Suisse, vers l'Espagne.
On était recherché.
Les juifs.
Kézaco les juifs, maman ?

Alors elle a parlé et c'était beaucoup vraiment beaucoup d'un coup pour nous et voilà que les pistolets en plastique avaient l'air bien stupide comme on devait tous deux avoir l'air bien stupide mon frère et moi quand ils nous ont montré les photos dans le livre ces espèces de corps décharnés c'était la première fois que je voyais une femme nue tu te rends comptes trente trois kilos elle disait si tu te faisais voler ta cuillère c'était fini et l'appel pendant des heures et des heures dans la nuit le quignon de pain de celle qui ne bougeait plus dans le châlit à côté avec ses yeux vides je l'ai saisi ce quignon vite vite une fois une vieille dame avec un parapluie dans cet endroit là complètement saugrenu ça m'a secoué ramenée avant où il ne fallait surtout pas j'ai cru que j'allais lâcher prise et les convois les sélections celles qui sont parties en chantant ce n'est qu'un au revoir mes frères les tziganes en famille et les enfants les enfants les enfants.
C'est comme ça qu'elle a commencé à nous raconter un peu, notre mère.

Moi je voulais bien que mon père ait fait la guerre, avec sa petite moustache qui lui donnait une allure de danseur argentin, mais cette histoire que ma mère s'est retrouvée à Auschwitz, ça a du mal à passer.
Aujourd'hui encore. Pour moi autant que pour vous je veux dire. Il y a tellement de mots qui flottent, dans l'incertain de nos vies.
Mais on est tous pareil. Les douleurs c'est toujours les autres, et nous c'est toujours un peu la honte. On se trimbale de ces trucs, qui font qu'on est en même temps qu'on ne parvient pas à être, ici et maintenant, toujours for ever. Tu vois ce que je veux dire.

Hier tu m'as demandé de te conter une anecdote sur la vie de ma mère là-bas. Qu'est-ce qui a bien pu te pousser à cela? Tes yeux clairs me chavirent, tu veux tout bonnement que j'écrive, que je sois passeur...Et d'abord passeur de temps, tu n'as pas connu ma mère.

J'ai un gros problème avec le temps.

Avec le temps social qui me hante en ce moment, temps de l'épanouissement de soi qui compte les ratées, et mes marches à moi loupées depuis trois ans, tout à construire de nouveau, et ton envie de vivre qui m'est soudain comme un aiguillon fou.
Problème avec un autre temps aussi, le temps plastique, le temps des corps, tu débutes ta trentaine, moi je suis bien loin devant, et sacrilège je t'ai dit je t'aime et tu m'as dit je t'aime, toi en printemps, moi en automne. Mais voici mon cœur qui bourgeonne encore, et ma tête de nouveau à rire, qui te rejoint sur l'oreiller et dans les couloirs. Une amie commune, mystique de bar, nous dit qu'à présent ce sont les âmes qui se rejoignent, au-delà des corps. Et si j'y croyais encore une fois?
Et puis ce temps, élastique... Il y a fort longtemps, un jour au retour de l'école primaire, petite pousse innocente de 5 ou 6 ans, j'avais déclaré péremptoire :
Aujourd'hui la maîtresse nous a raconté une histoire, il y a du vrai il y a du faux, ça s'est passé il y très très très longtemps... et c'était même avant la guerre!!... Je m'étais mis alors à rapporter la légende de l'Arche de Noé!
Comme cela avait fait rire ma mère, ce mot d'enfant! Elle le répétait à l'envi "et c'était même avant la guerre !", nous couvant mon frère et moi d'un regard plein d'amour, rassuré. Tout cela était donc bien loin de nous, aussi loin que le mont Ararat, aussi loin que l'arche de Noé !
Or oui, le temps élastique se moque du cadastre du temps, car voici au contraire que plus je prends de l'âge, et mieux je me souviens de cette guerre, plus elle devient mienne. Presque j'y étais, de plus en plus presque. D'ailleurs maintenant m'en voici le passeur, l'héritier.

Cette guerre là... Quand on a réussi à y mettre fin, on a cru qu'on avait débusqué en l'homme une cruauté nouvelle,.. Naïvement on s'est écrié "Plus jamais ça!" alors que la télé et le quotidien de notre indifférence nous montrent jour après jour " de plus en plus ça! "
Chez toi même, dans ton temps et ton histoire, 30 ans dont tant de temps de guerre! Tu viens des "frontières", les krajina , ces régions de l'ex-Yougoslavie aux lignes incertaines, à l'identité suspendue. Comment encore et toujours les mêmes mots peuvent-ils provoquer encore et toujours d'autres morts?
Et alors partir, marcher vers un ailleurs qui lui n'est plus le même, mais de plus en plus "ça".
Nous naissons vieux des misères du monde, annonciatrices d'autres misères à venir.
Never say "Plus jamais ça". Never say "Never again". Again is in our blood.


Bon, allez je te raconte, l'acte premier, fondateur/ salvateur, qui me permet de t'écrire ce soir, le scandale à la face du scandale, scandale de la vie face au scandale de la mort, mais cependant petite scène anodine qui s'est déroulée là-bas, dans l'endroit qu'on n'a même plus besoin de nommer, et que le photographe a tellement bien figé dans l'irréel, où les rails se rejoignent, là-bas, en Solution.
La descente du convoi, les cris, les valises, les enfants, les familles qu'on sépare, les femmes à présent regroupées, troupeau soudain muet, suspendu au geste d'un officier qui parcourt lentement les rangs, désigne ici ou là une silhouette.
Ma mère au sein du troupeau. Sa voisine est désignée, se range dans l'autre file. Elle ne la connait pas, mais elle la suit, dans un même geste. Intuition? Est repoussée par un soldat vers le troupeau. Retente son geste, obstinée, tendue. Encore une fois repoussée. Et voilà que la femme désignée prononce un mot en allemand à l'officier, qui regarde ma mère, hoche la tête. Elle passe alors le barrage.
C'est une hollandaise, elle a simplement souscrit à cette volonté farouche de ma mère à rejoindre l'autre file. "Je lui ai dit que tu étais ma cousine"...
Tous ces temps échus, et puis l'incertain, l'imprévu de ce qu'on appelle nos vies. Qui écrirait cela ce soir s'il n'y avait pas comme des petits trous dans l'inéluctable?
Ce qui nous rend parfois inconstant... et ce dont je m'excuse auprès de toi.